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Insultes de l'ambassadeur de Chine contre un chercheur français : "C'est la critique même de la Chine qu'elle veut empêcher aujourd'hui", estime un sinologue

L'ambassade de Chine à Paris s'est déchaînée à plusieurs reprises en quelques jours contre un chercheur français, Antoine Bondaz, jugé trop critique à l'encontre de Pékin. "Petite frappe", "hyène folle", "troll idéologique" sont les termes employés par l'ambassade contre le chercheur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Il avait dénoncé des pressions chinoises sur des parlementaires français souhaitant se rendre à Taïwan. "C'est la critique même de la Chine qu'elle veut empêcher aujourd'hui", a affirmé lundi 22 mars sur franceinfo François Godement, sinologue et conseiller pour l’Asie de l’Institut Montaigne. Selon lui, la Chine "a changé de braquet" dans sa diplomatie et veut "contrôler l'expression la concernant". franceinfo : Pourquoi la Chine a-t-elle changé de ton ? La Chine a changé de braquet dans sa diplomatie extérieure. Elle est beaucoup plus agressive, beaucoup plus attachée à contrôler l'expression la concernant hors de Chine. Elle s'estime sans doute beaucoup plus forte sur le plan international. Elle redoute en même temps la coalition des pays démocratiques. Avec l'arrivée de Joe Biden au pouvoir, les choses ont changées. Et par conséquent elle prend pratiquement des mesures préventives. Elle a déjà sanctionné des responsables américains l'été dernier, après les sanctions assez fortes de l'administration Trump sur le Xinjiang. Elle fait de même avec les Européens. Mais là, elle élargit. Non seulement elle sanctionne des individus, mais vous trouvez même dans la liste des entités sanctionnées, le Comité des 27 ambassadeurs auprès de l'Union européenne. Qu'est-ce que ça veut dire sanctionner le Comité des 27 ambassadeurs ? On ne sait pas. On trouve un think tank allemand réputé. Autrement dit, elle passe à l'attaque. C'est la critique même de la Chine qu'elle veut empêcher aujourd'hui. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre les outrances de l'ambassadeur chinois à Paris, qui est coutumier du fait. Ce n'est pas la première fois qu'il fait ça. La Chine est en train de se décomplexer. Est-ce que c'est à mettre en parallèle avec les échanges très vifs entre les délégations américaines et chinoises dernièrement ? Absolument. Et je suis persuadé que Lu Shaye, l'ambassadeur à Paris, a fait un acte de volontariat, s'est montré en pointe en saisissant le contexte. C'est quelqu'un qui est très opportuniste. A Anchorage, ce que les Chinois ont dit aux Américains, c'est, vous ne nous êtes pas supérieurs. Vous n'avez pas de leçon à nous donner, vous êtes remplis de défauts. Et vous ne devez pas ingérer dans nos affaires. Et nos affaires, c'est le Tibet, c'est Taïwan, c'est la mer de Chine. C'est un ensemble sur lesquels la Chine ne veut pas (voir quelqu'un d'autre) intervenir. Ce que les Chinois ne disent pas, c'est qu'il serait rigoureusement impossible à un diplomate en poste en Chine de faire même le millième de ce que Lu Shaye a fait. Il serait expulsé tout de suite ou le web serait suspendu. Et on aurait aussi des répliques très fortes. Il y a un débat Twitter. Mais Twitter n'existe pas en Chine. Ce débat que l'ambassade engage avec ce chercheur se passe sur un compte Twitter. Personne en Chine, en dehors des officiels, ne peut avoir des comptes Twitter. Donc, il n'y a absolument pas de symétrie. De même que les Etats-Unis, comme l'Europe, sanctionnent des responsables locaux chinois qui sont impliqués directement dans la répression au Xinjiang. Là, ce que la Chine sanctionne, ce sont des parlementaires européens, des chercheurs, des think tank qui émettent des opinions et des critiques. Ce n'est pas la même chose que des actes. Est-ce qu'il n'y a pas le risque que les chercheurs, les sinologues s'autocensurent de peur de ne plus pouvoir remettre les pieds en Chine ? C'est très clair. L'autre fait marquant de la journée de ce lundi c'est l'ouverture du procès de chercheurs canadiens qui ont été pris en otage en Chine il y a deux ans et quatre mois, maintenus au secret, qui sont jugés aujourd'hui sans témoin, sans qu'on sache même à quelle défense ils peuvent avoir droit. Et ce sont effectivement des gens comme vous et moi pour lesquels il n'y a pas eu l'ombre de la preuve de ce que la Chine avance comme accusation. Mais tout le monde sait qu'ils sont pris en otage à cause du gouvernement canadien. Et donc, effectivement, il y a maintenant une pratique chinoise qui consiste à se saisir de leaders d'opinion ou de gens qui ont un rôle indépendant et de les prendre en otage. Là c'est à distance, ce sera sans conséquences. Ni M. Bondaz, ni les parlementaires européens ne vont subir des conséquences directes. Mais en effet, ils ne mettront pas les pieds, ni en Chine ni à Hong Kong.

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