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Insolite et Faits divers

Procès des attentats du 13-Novembre : les rescapés du Bataclan téléportent la cour dans le "piège" terrifiant de la salle de concert

Procès des attentats du 13-Novembre : les rescapés du Bataclan téléportent la cour dans le "piège" terrifiant de la salle de concert Les rescapés de la tuerie dans la salle de concert ont commencé à témoigner mercredi. Ils ont raconté le huis clos et leurs tentatives désespérées pour s'en échapper. Ils sont entrés au Bataclan et en sont ressortis vivants. Mais une part d'eux-mêmes est restée pour toujours dans l'enfer de ce huis clos. Les premières parties civiles à témoigner de la tuerie dans la salle de concert, mercredi 6 octobre, au procès des attentats du 13-Novembre, ont, avec leur récit éprouvant, emmené la cour d'assises spéciale dans ce "piège" terrifiant qui les a retenues pendant plus de deux heures. Avant l'entrée des trois terroristes, à 21h47, le Bataclan est encore une salle de concert comble – 1 500 personnes – où "l'effervescence" règne, comme le raconte Clarisse, qui veut être la voix "de ceux qui n'en sont jamais sortis". Un "sauna" joyeux, où des fans de rock et des Eagles of Death Metal sautillent joyeusement, tenant dans la main une bière, ou, comme Clarisse et ses deux amis, une petite fiole de whisky amenée sous le manteau, prix des pintes oblige. Sur la chanson Kiss The Devil, c'est l'heure d'aller faire le plein de "canettes à la supérette du coin". "Ils sont juste là, ils arrivent près de l'entrée" Arrivés dans le vestiaire, Clarisse et l'un de ses amis n'entendent plus que les basses assourdissantes dans la salle. "Je me souviens m'être dit 'wahou c'est la guerre là-dedans'", sourit la jeune femme blonde aux cheveux relevés en chignon. Alors qu'ils s'apprêtent à sortir, "ça tire une, deux, trois, quatre fois. Ils sont juste là, ils arrivent près de l'entrée". La "seule issue" est alors de faire demi-tour et de retourner dans le Bataclan. Le piège se referme. Clarisse tente d'avertir la foule, en vain. La jeune femme court "vers la fosse en pilote automatique". "Je renverse des bières, je m'en veux. Je crois que je dis 'Ça tire' mais je ne suis pas sûre." Ses craintes se confirment "quand les tirs résonnent et se mêlent à la musique". "Je vois Jesse Hughes lâcher sa guitare et se barrer." Tous racontent la même scène : les bruits de "pétards", les gens qui tombent comme des dominos les uns sur les autres. La "chance" de Clarisse, c'est qu'elle a "le temps" de réfléchir à une issue. Avec d'autres, elle repère une porte. "Elle est bloquée, on tape, on gueule 'Ouvre-toi, putain de porte !'." La porte cède, avec "un videur complètement effrayé derrière". Clarisse se sent "investie d'une mission" et dirige une cinquantaine de personnes dans une "vieille loge en Placoplatre" au deuxième et dernier étage. La photo de ces toilettes cassées et du plafond éventré a été diffusée pendant les constatations, au début du procès. Elle témoigne de la panique qui régnait ce soir-là. La cour suit Clarisse en train de progresser sous les combles du Bataclan en arrachant la laine de verre au milieu des fils électriques, au risque d'être électrocutée. "Des gens comme vous ont sauvé beaucoup, beaucoup de personnes", souligne le président, Jean-Louis Périès. Sur le moment, Clarisse n'en a pas conscience. Elle attend l'arrivée des terroristes, réfugiée dans les bras d'un inconnu. Elle envoie ce seul SMS : "Papa c'est moi, je suis vivante, cachée dans le plafond." Deux heures à entendre les gens mourir Dans la salle, tout le monde est à terre. A l'entrée, près du bar, se trouvent Irmine et Cédric. Sur le plan projeté à l'audience, ils pointent avec un laser l'endroit où ils étaient. Cette femme élégante de 55 ans et cet homme tatoué de 43 ans ne se connaissent pas. Mais ils témoignent de la même tentative de fusionner avec le sol pour se soustraire aux terroristes. "Au milieu de cet espace étrange, hors du temps, il y a un homme qui crie 'Sortez vite, ils sont en train de recharger leurs armes, c'est le moment'", poursuit Irmine. Cet homme, c'est Didi, le chef de la sécurité du Bataclan. La peur la cloue au sol. Et la vision de son ami Fabian, déjà mort, la retient. "J'essaie de le prendre par les jambes, de le tirer, je n'y arrive pas, fond-elle en larmes. J'ai envie de rester là et je pense à mes enfants, mon mari, je me dis 'Ils ont besoin de moi', je cours et je sors." Cédric, lui, ne parvient pas à se redresser au moment où "tout le monde se lève et se met à courir". Sa jambe droite est "écrasée" par des personnes tombées au moment de l'entrée des terroristes. Comme de nombreux autres rescapés, il va entendre et voir "pendant deux heures" des gens mourir, "s'étouffer dans leur sang", leurs yeux s'éteindre. Deux heures "à croiser les doigts pour que son téléphone ne sonne pas". "Aucun moyen de s'en sortir" Dans la fosse, Jean-Marc tente lui aussi d'adapter sa position pour "éviter de [se] faire repérer" à cause de son téléphone qui vibre. Alors que sa compagne parvient à s'élancer vers une sortie, lui reste "prostré" sous les tirs et "fait le mort" pendant toute l'attaque. Encore très éprouvé, cet homme de 40 ans murmure dans le micro.  Quand il entend les deux autres assaillants monter à l'étage, il a "l'impression d'être à découvert, à leur merci". Les terroristes se mettent à tirer sur la fosse depuis le balcon. Edith, réfugiée derrière des strapontins, assiste à ces exécutions "par le prisme de l'ouïe, en attendant la mort, littéralement". "Les tirs sont rapides puis ralentissent et le coup à coup démarre", décrit cette femme rousse de 43 ans, les mains tremblantes. "Un pleur ? Un tir. Un cri ? Un tir. Un téléphone qui sonne ? Un tir. Une supplication ? Un tir. C'est inéluctable, il n'y a aucun moyen de s'en sortir", pense-t-elle alors. Lorsqu'elle entend l'explosion du terroriste sur la scène et comprend que ce sont des kamikazes, tout espoir la quitte. "Je me suis dit 'Ils n'ont pas peur de mourir, eux. Ils n'en ont rien à foutre de nous, à aucun moment on ne sera épargnés'." Des "cicatrices de peau, d'âme et de cœur" "Ce bruit des tirs dans un vase clos, c'est insupportable", complète à la barre Bruno, qui a fait écran avec son corps pour protéger Edith, alors qu'il ne la connaissait pas. Débute alors la prise d'otages de 11 personnes dans un couloir à l'étage. "On sent que l'étau se desserre un peu pour nous", relève le syndicaliste de la SNCF. Au bout de quelques heures, des rafales d'armes "déchirent le silence", des explosions retentissent, "le Bataclan tremble". Il est 00h18 et la BRI vient de lancer l'assaut. Cédric, Jean-Marc, Edith et Bruno, Clarisse et tous les autres survivants encore coincés dans la salle de concert sont évacués. Les policiers leur demandent de ne pas regarder vers la fosse. "Impossible" pour la plupart d'entre eux. Six ans après, ces rescapés témoignent tous de leurs graves séquelles, des "cicatrices de peau, d'âme et de cœur". "Ça fait six ans qu'on essaie d'en sortir et là, pendant huit mois, on y retourne", souffle Bruno. L'issue de ce procès "importe peu" à Edith. Mais il a "pour but de mettre en lumière la dimension spectaculaire" que ces attentats ont pu avoir sur "des milliers de personnes". "Elles ne sont pas sorties de ce piège, on est encore dans ce piège du 13-Novembre." Les auditions des parties civiles doivent se poursuivre pendant quatre semaines.

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