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Présidentielle 2022 : à droite, comment choisir entre Xavier, Valérie, Michel et les autres ?

Philippe Juvin, Xavier Bertrand, Éric Ciotti, Valérie Pécresse et Michel Barnier (de gauche à droite) veulent tous porter les couleurs de la droite et du centre à la présidentielle de 2022. Alors que Les Républicains effectuent leur rentrée politique ce week-end, la question de la méthode pour déterminer le futur candidat de la droite à la présidentielle de 2022 est dans toutes les têtes. Bien que vivement critiquée en interne, l’organisation d’une primaire pourrait s’avérer nécessaire. La droite effectue sa rentrée politique, samedi 28 et dimanche 29 août, mais en ordre dispersé. Entre les universités d’été du parti Les Républicains (LR), samedi à La Baule, le rassemblement le même jour de Libres !, le mouvement de Valérie Pécresse, à Brive-la-Gaillarde, la "grande soirée républicaine" d’Éric Ciotti samedi soir à Nice et l’ascension par Laurent Wauquiez, dimanche, du mont Mézenc, on compte presque autant d’événements prévus sur les deux jours qu’il y a désormais de candidats officiellement déclarés. Le paysage s’est toutefois nettement éclairci cette semaine. Avec les renoncements de Laurent Wauquiez et de Bruno Retailleau et les annonces d’Éric Ciotti et de Michel Barnier, ils sont désormais cinq à espérer devenir le champion de la droite en 2022 : le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, le maire de La Garenne-Colombes et chef du service des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou à Paris, Philippe Juvin, le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti, et l’ancien négociateur européen du Brexit, Michel Barnier. Reste à savoir comment départager tout ce petit monde pour parvenir à un nom susceptible de réunir cette famille politique et au-delà. C’est là tout l’enjeu du mois à venir, avant le congrès de LR, le 25 septembre, qui doit entériner une candidature faisant l’unanimité ou, à défaut, une méthode. >> À lire aussi : "Régionales 2021 : un scrutin qui redonne confiance à la droite" En théorie, les statuts du parti sont clairs : une primaire similaire à celle organisée en 2016 doit déterminer le candidat de la droite à la prochaine présidentielle. Mais dans la pratique, sa future organisation est loin d’être évidente. Il y a d’abord le problème Xavier Bertrand, qui jure depuis le lancement de sa candidature en mars qu’il ne participera en aucun cas à une primaire. L’ancien ministre, qui a quitté Les Républicains fin 2017, le répète inlassablement : "La primaire, ce n’est pas mon affaire parce que je veux un contact direct avec les Français", a-t-il insisté, lundi 23 août, sur Europe 1. Il y a aussi les craintes que suscite une telle primaire et le spectre d’une nouvelle défaite à la présidentielle. Le président de LR, Christian Jacob, n’y est pas favorable, tout comme la plupart des dirigeants du parti. "On a tous été traumatisés par la primaire de 2016. Pour nous, la primaire est un facteur de divisions car elle crée des écuries et c’est ensuite très difficile de se réconcilier derrière", estime la députée européenne et vice-présidente de LR, Agnès Evren, contactée par France 24, qui se souvient des violentes attaques, il y a cinq ans, entre François Fillon et Nicolas Sarkozy notamment. "Notre difficulté, c’est que personne ne s’est imposé de façon naturelle" Alors comment faire ? En se lançant très tôt dans la campagne, Xavier Bertrand espérait tuer le match avant qu’il ne commence. Mais cinq mois après son annonce, force est de constater que la concurrence existe. Certes, le président des Hauts-de-France obtient toujours de meilleures intentions de vote pour 2022 que ses adversaires, mais l’écart se resserre. Une étude menée par Ipsos pour le mouvement Libres ! de la présidente de l’Île-de-France, révélée par Le Point vendredi 27 août, montre ainsi que Valérie Pécresse (14 % d’intentions de vote) fait presque aussi bien que Xavier Bertrand (15 %) lorsque son nom est proposé pour représenter la droite au premier tour de la présidentielle. "Personne ne tuera le match. Ce n’est pas possible", reconnaît le chef du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, Damien Abad, soutien de Xavier Bertrand, contacté par France 24. "L’enjeu, c’est de savoir qui est le mieux placé et le plus à même de rassembler notre famille pour gagner en 2022, poursuit-il. Mais ce qui est certain, c’est qu’à la fin, il ne doit en rester qu’un." Voilà au moins un point sur lequel tout le monde s’accorde : la droite ne peut avoir une chance de gagner en 2022 que si elle part unie derrière un candidat rassembleur. Le parti a donc décidé de mener l’enquête pour savoir si cette perle rare existait. Une vaste étude qualitative sera menée à partir du 30 août auprès de 15 000 électeurs de la droite et du centre pour juger des capacités de rassemblement des différents candidats. Elle jugera aussi de leurs chances de battre Emmanuel Macron, de leur aptitude à faire face à la crise sanitaire ou de répondre aux aspirations des Français. "À la lumière de cette étude, dont les résultats seront présentés lors de notre congrès fin septembre, nos militants décideront si un candidat se dégage clairement ou s’il faut organiser une primaire", explique Agnès Evren. Le mois de septembre s’annonce donc décisif. "Notre difficulté, c’est que personne ne s’est imposé de façon naturelle, observe auprès de France 24 une personnalité haut placée de LR et préférant garder l’anonymat. Pour le moment, tous les candidats s’observent en chien de faïence. Mais on n’est en réalité qu’au début du processus. L’idée de l’étude, c’est de dissuader certains candidats. Pour gagner une présidentielle, il faut rassembler son camp, mais aussi au-delà de son camp. On va voir si Bertrand, Pécresse ou Barnier sont à même de rassembler une majorité de Français." Au sein des Républicains, on croise donc les doigts pour qu’un nom sorte du chapeau de l’enquête confiée à l’Ifop, histoire de clore le débat et de tourner rapidement la page de la sélection du candidat. "Ça permettrait de structurer rapidement une équipe de campagne et d’être dès l’automne dans le match face à Emmanuel Macron", souligne Damien Abad. Pressions sur Xavier Bertrand pour jouer collectif Ce scénario idéal a toutefois peu de chances de se produire. D’où le lobbying intensif mené par plusieurs candidats en faveur d’une primaire. "Il y aura naturellement une primaire, a jugé Éric Ciotti, jeudi 26 août, sur BFM TV. On n’a pas de personnalité qui s’impose naturellement, pas un candidat qui spontanément réunit toutes les qualités du leader vers lequel tout le monde converge." "Vu la dynamique suscitée par ma campagne cet été et les candidats de valeur qui se sont déjà déclarés, la primaire me paraît plus que jamais inéluctable", affirme de son côté Valérie Pécresse dans un entretien, vendredi 27 août, au Parisien. La difficulté serait alors de convaincre Xavier Bertrand d’y participer. Pour faire pression, une petite musique sur l’importance du collectif s’est d’ailleurs mise en place cette semaine. "Ce choix, je le fais aussi parce que je ne veux pas ajouter de la division à la division", a d’abord affirmé Laurent Wauquiez en expliquant les raisons de sa non-candidature. "Aujourd’hui, les candidatures se multiplient. Je n’ajouterai pas à cette dispersion", a déclaré pour sa part Bruno Retailleau. Le même refrain s’est poursuivi samedi, cette fois-ci dans la bouche des candidats déclarés. "À la fin, il faudra qu'il y ait un candidat unique. Je jouerai toujours collectif, a lancé d'entrée de jeu Valérie Pécresse à Brive. Je ne suis plus aux Républicains mais je me sens profondément de droite et j'accepterai la règle du jeu", a-t-elle insisté. "Je ne participerai à aucune division", a promis de son côté Michel Barnier, à La Baule, en assurant de son "amitié" et de son "respect" pour "tous ceux qui sont engagés dans cette compétition". Autre candidat, le médecin et maire Philippe Juvin a lui aussi affirmé que "la condition de la primaire, c'est l’unité". Xavier Bertrand entendra-t-il ces appels au rassemblement ? Lui reste pour le moment déterminé à se présenter. S'il persiste, les Républicains risquent de se retrouver dans une situation pour le moins inconfortable : choisir entre le vainqueur de leur primaire et un candidat n'y ayant pas participé.

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