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Twitch, la plateforme qui devient tendance chez les politiques

Le réseau social Twitch est à la mode chez les politiques qui sont de plus en plus nombreux à rejoindre cette plateforme pour s’adresser à un public jeune, et répondre "sans filtre" aux questions qui leur sont posées. C'est devenu une habitude. Après François Hollande et Jean Castex, c'est le secrétaire national d'Europe Écologie-Les Verts, Julien Bayou, qui était jeudi soir chez Samuel Étienne. Depuis le passage remarqué de l'ancien président socialiste, le 8 mars, sur sa chaîne Twitch, les politiques se bousculent pour répondre aux "viewers" du journaliste de Franceinfo, qui a promis de recevoir les représentants des principales familles politiques. Grâce à son ton bienveillant, Samuel Étienne s'est imposé en quelques mois comme l'un des "streamers" [diffuseur] les plus en vue sur Twitch en France. Ses lives avec les politiques cartonnent : celui avec François Hollande s'est hissé, avec un pic à près de 85 000 "viewers", en tête des audiences mondiales au moment de la diffusion. Les internautes ayant raté le direct ont été encore plus nombreux à regarder l'archive vidéo, qui cumulait, vendredi 9 avril, plus de 734 000 vues, contre plus de 632 000 vues pour l'archive vidéo de Jean Castex et plus de 90 000 vues pourcelle de Julien Bayou – son direct ayant eu lieu jeudi soir. Pourtant, Twitch était jusqu'ici plutôt le terrain de jeu des "gamers". Créé en 2011 par Justin Kan et Emmett Shear, puis racheté en 2014 par Amazon, le réseau social est le lieu de rendez-vous des amateurs de jeux vidéo, qui viennent y diffuser leurs parties en direct tout en les commentant. Plateforme encore confidentielle il y a peu, Twitch a connu une forte croissance en 2020, principalement en raison de la pandémie de coronavirus qui a entraîné le confinement de centaines de millions de personnes à travers la planète. Alors que le réseau social comptait moins de 4 millions de "streamers" début 2020, il en possède désormais près de 10 millions, dont plus de la moitié a entre 18 et 34 ans. L'arrivée d'autant de nouveaux utilisateurs a entraîné une diversification des contenus. La politique y prend désormais de plus en plus de place, même si certains sont présents sur ce créneau depuis plusieurs années, comme Jean Massiet, qui commente en direct les questions au gouvernement à l'Assemblée nationale et au Sénat. C'est d'ailleurs sur sa chaîne, Accropolis, qu'avait été hébergé le "débathlon" en février 2019, version en ligne du Grand débat national où les internautes avaient pu dialoguer durant onze heures avec pas moins de dix ministres français. "Un côté interactif qui fait fantasmer les politiques" Concernant les politiques "streamers", c'est Jean-Luc Mélenchon qui fait figure de pionnier. En ouvrant sa chaîne au printemps 2020, le leader de La France insoumise souhaitait échanger avec les Français confinés. Car la particularité de Twitch, par rapport à d'autres réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou Instagram, c'est son "chat". Les utilisateurs peuvent interagir entre eux, poser des questions, commenter les propos du "streamer", donner leur avis. "Les réseaux sociaux permettent de toucher un public plus jeune que les médias traditionnels et donnent aux politiques une image moderne, en prise avec leur époque et les nouveaux moyens de communication", explique Thierry Vedel, chercheur CNRS au Cevipof, spécialiste de l'interaction des politiques avec les nouveaux médias, contacté par France 24. "Twitch n'échappe pas à la règle, avec ce côté interactif en plus qui fait fantasmer les politiques depuis longtemps", ajoute-t-il. >> À voir, notre Face à Face : Les réseaux sociaux, terrain de jeu de la présidentielle 2022 ? Sur la chaîne de Samuel Étienne, François Hollande, Jean Castex et Julien Bayou ont ainsi passé plusieurs heures chacun à répondre aux internautes. Mais avec les centaines de questions qui défilent en permanence à l'écran, le dialogue est-il réel ? Les invités peuvent choisir leurs questions – y compris lorsque celles-ci sont présentées comme "vachardes", selon le mot de Samuel Étienne –, leur permettant d'être en maîtrise totale de leur intervention. "Contrairement à une interview politique où l'invité peut être mis en difficulté, parce que les questions auront été bien préparées, les échanges sur Twitch relèvent de la communication, estime Thierry Vedel du Cevipof. Or, ce n'est pas parce qu'on utilise une plateforme nouvelle qu'on aura forcément un message différent. Si les décisions du gouvernement ne sont pas claires, en parler sur Twitch n'y changera rien." Aucune annonce particulière, ni prise de position nouvelle n'a ainsi été développée par les invités de Samuel Étienne. Et ce sont les bons mots de François Hollande ou l'expression "vintage" employée par Jean Castex qui ont principalement marqué les "viewers". Suivi en direct du projet de loi Climat et Résilience En revanche, la plateforme offre un espace de liberté et des outils nouveaux pour les politiques désireux d'imaginer de nouvelles façons de faire passer leur message. Les députés du collectif Écologie démocratie solidarité – dont font notamment partie l'ancienne ministre de l'Écologie Delphine Batho, mais aussi les anciens "marcheurs" Cédric Villani ou Matthieu Orphelin – ont ainsi lancé une chaîne nommée "Débat sans filtre" à l'occasion de l'examen du projet de loi Climat et Résilience à l'Assemblée nationale. Limités à cinquante minutes de temps de parole dans l'Hémicycle, car non inscrits au sein d'un groupe parlementaire, ils se sont repliés sur Twitch pour tenter de se faire entendre. "Comme nous étions dans l'incapacité de défendre nos amendements, nous avons cherché un espace pour pouvoir exprimer ce qu'on avait à dire, explique la députée des Français de l'étranger Paula Forteza, contactée par France 24. Et comme nous souhaitions avoir le flux vidéo de la séance à l'Assemblée tout en ayant la possibilité de dialoguer avec plusieurs intervenants, on est très vite tombés sur Twitch." Sans s'en rendre compte, ces députés ont lancé une mini-chaîne d'info en continu uniquement centrée sur l'analyse du projet de loi. Chaque jour, ils commentent les débats au Palais Bourbon et décrivent ce qui manque selon eux au texte en invitant des spécialistes de chaque thématique. Une petite communauté s'est créée autour d'eux, avec un petit millier de "viewers" lors de chaque séance et 9 000 spectateurs uniques au total. >> À lire : la loi Climat confrontée à un procès en légitimité avant son examen parlementaire "Si on a réussi à intéresser des citoyens au débat parlementaire, c'est une grande réussite, s'enthousiasme Paula Forteza. Nous prenons le temps d'expliquer le travail de parlementaire, on donne des clés de compréhension et je crois que cela aide à retisser un lien de confiance entre les politiques et la population, qui voit que nous sommes des êtres humains comme les autres." Reste à savoir si l'investissement de ces députés, qui en sont à plus de cinquante heures de direct après deux semaines d'examen du projet de loi, en vaut la peine. La question mérite d'être posée à la vue des chiffres relativement modestes du "Débat sans filtre", dont les archives vidéos ne totalisent "que" 26 000 vues. "En réalité, il ne faut pas seulement regarder le nombre de vues, car il y a des effets directs et indirects, souligne le spécialiste Thierry Vedel. À chaque fois qu'un politique utilise des moyens de communication nouveaux, cela attire l'attention des médias traditionnels. Donc c'est une stratégie à deux coups : on ne cherche pas seulement l'audience que l'on aura sur le moment, mais aussi les retombées qui suivront dans les médias traditionnels."

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