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Ma vie sans passe sanitaire : des Français non-vaccinés contre le Covid-19 se confient

Un policier vérifie le passe sanitaire des clients dans un bar de Saint-Malo, dans le nord-ouest de la France, le 19 novembre 2021. Emilie n’a plus les moyens de sortir, Julien pense à quitter la France, Coralie a subi les brimades de ses collègues, tandis que Sonia et Soraya ont craqué, elles ont emprunté les passes sanitaires de leurs proches pour reprendre une vie rythmée par les cinémas et les restaurants. Comment vit-on sans le passe sanitaire ? Des Français non-vaccinés se confient. Ils font partie de ces fameux Français ciblés par le président français Emmanuel Macron, mercredi 5 janvier, dans une interview accordée au Parisien. Des adultes non-vaccinés contre le Covid-19 que le chef de l’État a dit vouloir "continuer à emmerder jusqu'au bout" en les empêchant d’"aller au restau", "de prendre un canon", "de boire un café" ou d’"aller au théâtre" tant qu’ils n’acceptent pas de se faire vacciner contre le Covid-19. Des propos qui ont provoqué un tollé à l’Assemblée nationale, où les députés examinent le projet de loi sur le passe vaccinal.  Actuellement, c’est au seul passe sanitaire que sont soumis les Français souhaitant accéder aux restaurants, cinémas, clubs de sports et autres lieux accueillant du public. À partir du 15 janvier, si le projet de loi est adopté d'ici la semaine prochaine à l'Assemblée nationale, ils devront présenter un schéma vaccinal complet avec une dose de rappel au maximum 7 mois après leur dernière injection ou infection au Covid-19 pour bénéficier d'un passe vaccinal valide.  À l’heure où les conditions d’accès à une nouvelle génération de passe ​pourraient se durcir, plusieurs Français non-vaccinés ont accepté de raconter à France 24 les changements, les privations et les petits arrangements de leur vie sans le passe sanitaire.   "Je n’ai jamais eu de passe sanitaire, sauf quand j’ai dû passer un test PCR gratuit parce que j’étais cas contact il y a deux mois. Ça a duré 72 heures et j’en ai profité pour aller dans un bar. Avant ça, il m’est arrivé d’utiliser le passe de ma mère pour prendre un café quelques fois, mais j’ai vite arrêté quand un serveur m’a fait remarquer que la date de naissance affichée ne correspondait pas. J’ai pris peur, 750 euros d’amende en cas d’infraction c’est dissuasif.   De toute façon j’ai beaucoup limité mes sorties depuis le premier confinement, ne serait-ce que pour des raisons économiques. Je n’ai plus les moyens ni d’aller au restaurant, ni de me payer un cinéma. C’est simple, mon budget ‘sorties’ est de 5 euros par mois. Je pense que pour quelqu’un qui a les moyens de sortir, la motivation pour se faire vacciner sera plus importante.  Moi je peux me passer de ces petits plaisirs. Je fais du vélo, je me balade en forêt, je vais chez mes amis et je les invite à la maison. J’ai passé un test antigénique en septembre à la pharmacie, à l’époque où c’était encore remboursé par la Sécurité sociale même pour les non-vaccinés. Je suis allée voir un film auquel je tenais au cinéma. Après j’ai arrêté de passer ce que j’appelle ces ‘tests de confort’. Je sens des tensions avec mon petit ami parfois. Il aimerait qu’on aille au cinéma ou boire un verre à l’improviste, à n’importe quelle heure, même quand les pharmacies sont fermées.   Beaucoup pensaient que cette crise sanitaire serait provisoire et j’en fais partie. Je suis jeune, en bonne santé et je me dis que mon corps peut combattre le Covid-19. Et puis je respecte les gestes barrières encore plus strictement que les vaccinés. Mais si ça s’éternise, si dans trois ans on me demande toujours le passe sanitaire pour m’asseoir à une terrasse de café, je serai prête à revoir ma position." "Je n’ai pas fait le vaccin, je n’ai jamais eu le Covid-19 et je ne fraude pas du tout. J’ai décidé de jouer le jeu et d’en accepter les conséquences. Je ne suis pas du genre à aller au cinéma ou au restaurant. Je préfère cuisiner de bons plats. Avec l’arrivée du variant Omicron, je suis encore moins tenté d’aller dans des lieux bondés. J’évite de recevoir plus de quatre amis à la maison, je suis prudent pour moi et pour mon entourage proche.  La seule chose qui me manque en revanche c’est le sport : l’escalade, la natation… je n’ai pas pu reprendre mes activités en club depuis la pandémie. Au fil du temps, j’ai appris à me dépenser autrement, je m’impose des exercices. Comme je ne peux pas aller en salle, je profite de l’extérieur, c’est agréable.   Pour les fêtes, je n’ai pas pu aller voir mes parents parce qu’il fallait prendre le TGV et présenter son passe. Je devais voyager le jour de Noël, et ce jour-là les pharmacies sont fermées donc il aurait été impossible de me faire tester pour une mise à jour de mon passe.    Il y a bien un jour où ça va s’arrêter… Je ne suis pas contre le vaccin en soit si on en fabrique un qui soit testé sur le long terme et dans des conditions sécurisées. J’espère que l’État ne va pas imposer le futur passe vaccinal pour voyager, car jusqu’ici un test antigénique négatif suffisait et je n’avais pas besoin de passe sanitaire. Je le vivrais comme une prise d’otage si je ne pouvais plus quitter mon pays, car j’aime beaucoup les voyages. Si les contraintes deviennent trop importantes, ce sera l’occasion pour moi d’aller vivre ailleurs, de changer de pays."  "Éthiquement, je ne peux pas utiliser de faux passe sanitaire. Et je n’en vois pas l’utilité. J’ai d’autres priorités que d’aller au restaurant ou au cinéma. Je suis à la recherche d’un emploi depuis un mois et je commence à avoir du mal à rembourser mon crédit. J’ai quitté mon boulot de soignante à l’hôpital il y a six mois pour un emploi de commerciale qui ne m’a pas plu.   Je n’ai utilisé le passe sanitaire qu’une seule fois cet été, après avoir fait un test, pour emmener les enfants à Disneyland. Pour le reste, les amis proposent le plus souvent de se retrouver à la maison. La plupart du temps les gens sont arrangeants, ils limitent les prises de risques et la tentation.  Mais je me suis sentie jugée par des ex-collègues il y a quelques mois. La société dans laquelle je travaillais organisait un pot dans un bar pour faire le point après un démarchage sur le terrain. Mes collègues étaient tous là et je les attendais dehors. Ils m’ont prise en photo derrière la vitrine et ont posté "punie" sur les réseaux sociaux. C’était pour rire. Je ne l’ai pas mal pris… mais j’ai trouvé cela enfantin et bas.  À Noël, on m’a demandé de ne pas venir célébrer la fête chez mes beaux-parents parce que je ne suis pas vaccinée. Mon mari et mes enfants y sont allés sans moi. Pourtant, mes beaux-parents sont vaccinés. Les personnes qui doivent faire le plus attention sont les non-vaccinées selon moi. Moi je respecte encore plus scrupuleusement les gestes barrières. La société pour laquelle je travaillais a organisé un évènement avec 60 personnes début décembre. J’étais une des seules à porter le masque, ça m’a choquée.  J’ai eu très peur quand le gouvernement a évoqué l’idée de rendre le passe sanitaire obligatoire en entreprise. J’en ai fait des cauchemars, je me suis dit que je ne trouverais jamais d’emploi. C’est déjà compliqué parce que je ne peux pas retourner travailler dans le domaine de la santé étant donné qu’il faut au moins 4 mois pour obtenir un schéma vaccinal complet [après vérification, les non-vaccinés peuvent obtenir un schéma complet à deux doses en 28 jours, NDLR]. Or, je me suis fait la promesse de ne pas me vacciner et je veux m’y tenir."  "J’ai attrapé le Covid-19 il y a deux mois. Je suis presque contente de l’avoir eu car je me suis fait mon immunité et je n’ai pas été trop gravement malade. Depuis j’ai un passe sanitaire.   Avant, j’utilisais celui de ma sœur qui ne vit pas dans la même ville. Personne n’a jamais vérifié mon identité, ni en France, ni en Italie où je me suis rendue plusieurs fois. De nombreuses fois, on ne me demande même pas le passe.  Je n’ai pas voulu me faire vacciner parce que je me disais que cette pandémie allait finir par passer, parce que je peux m’en passer au travail et parce que je préfère avoir un peu de recul sur le vaccin. Mais si la situation perdure, si le passe reste en vigueur, je me ferai sans doute vacciner quand mon passe sanitaire arrivera à expiration." "Je n’ai jamais eu peur du Covid-19 et j’évite de porter le masque dès que je le peux. Dans les magasins je suis bien obligée, mais quand je garde les enfants c’est pénible. Je ne l’ai pas imposé aux parents qui viennent chercher leurs petits non plus.   J’ai essayé de me passer du passe sanitaire les premiers mois, je faisais la fière. Je n’allais plus au restaurant, ni au cinéma, mais assez rapidement ça a commencé à me manquer. J’ai emprunté le passe d’une amie sauf qu’elle est née en 1996 ! J’étais flattée, personne ne s’en rendait compte. J’allais à la bibliothèque municipale, au cinéma… Mais un jour, un restaurateur m’a fait la remarque qu’il y avait sans doute une erreur sur mon passe. Il a perdu une cliente, je ne remettrai plus jamais les pieds dans son commerce ! Depuis, une autre copine me prête son passe quand je veux sortir.  J’ai beaucoup d’amis qui s’organisent une vie parallèle à cause de ces contraintes. J’aimerais me sentir libre dans mon pays. Je trouve qu’au lieu de nous imposer le vaccin le gouvernement devrait mettre les moyens pour augmenter la capacité des hôpitaux et mieux traiter ses soignants.  À contre-cœur, je vais finalement me faire vacciner samedi parce que je dois rendre visite à ma famille en Algérie. Je ne l'ai pas vue depuis très longtemps et à cause de la fermeture des frontières je n’ai pas pu faire le deuil de ma sœur que j’ai perdu en 2020. C’est un voyage important pour moi alors je n’ai plus le choix pour le vaccin. Je crains qu’il soit devenu obligatoire en France à mon retour et je ne peux pas me permettre de rester bloquée là-bas.   *Les prénoms ont été modifiés.

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