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Grève des médecins libéraux : "Face au mépris du gouvernement, nous n’avons pas d’autre choix"

Le collectif Médecins pour demain a reconduit lundi sa grève pour une semaine et réclame le doublement du tarif des consultations pour l’établir à 50 euros. Si la plupart des syndicats n’ont pas suivi cet appel, ils assurent partager la colère exprimée par les médecins libéraux. Après une semaine de grève, le bras de fer se poursuit. Le collectif Médecins pour demain a reconduit pour une semaine, lundi 2 janvier, son appel à la fermeture des cabinets. Réunissant près de 15 000 médecins libéraux, selon son porte-parole, la psychiatre Noëlle Cariclet, le collectif réclame notamment le doublement du prix de la consultation, afin de l’établir à 50 euros, contre 25 actuellement. Environ 57 000 des 80 000 médecins généralistes et 43 000 des 126 000 médecins spécialisés exerçaient en libéral en France en 2022. "Du fait de l’absence de réponse, nous avons décidé de reconduire la grève, explique cette psychiatre libérale qui exerce en Seine-et-Marne dans un désert médical. Face au mépris du gouvernement, nous n’avons pas d’autre choix. Nous sommes extrêmement inquiets pour l’avenir de la médecine." Le ministre des Solidarités et de la Santé, François Braun, a en effet réagi le 27 décembre en "condamnant fermement" le mouvement de grève, alors que la France est en proie à une triple épidémie de grippe, de Covid-19 et de bronchiolite. De son côté, le directeur général de l’Assurance maladie, Thomas Fatôme, a jugé lundi "extravagant" le doublement du prix des consultations, tandis que le Samu a déploré une grève "au pire moment". Mais pour le collectif, qui n’en démord pas, il s’agit d’une nécessaire "mesure incitative" pour pallier le manque de médecins. "Un médecin sur deux est en burn-out" "Les tarifs à la consultation n’ont pas augmenté depuis vingt ans, contrairement aux charges, surtout dans le contexte actuel d’inflation, souligne la Dre Cariclet. Nous assistons à la dégradation du système de santé, un médecin sur deux est en burn-out… Alors qu’il est possible d’améliorer les choses grâce à nos propositions." L’augmentation du tarif de la consultation permettrait notamment aux médecins libéraux d’investir et d’embaucher davantage de personnel, alors que les charges administratives sont grandissantes et "exténuantes", selon Médecins pour demain. Elles représenteraient ainsi jusqu’à 20 % du temps de travail d’un médecin libéral, soit environ 12 heures par semaine, sur les 55 qu’il travaille en moyenne. >> À lire aussi : "Urgences débordées, grève des généralistes... le système de santé français à bout de souffle" "Dans mon cabinet, nous partageons une secrétaire pour neuf médecins, poursuit la Dre Cariclet. Autant dire que, même si je la paie, je ne fais jamais appel à elle, elle n’a pas le temps ! J’ai dû tout au plus la mobiliser trois jours et demi sur 2022. Je dois donc tout gérer toute seule, ce qui me fait perdre un temps fou." Derrière cette surcharge de travail, les certificats exigés par diverses administrations et institutions, mais aussi les échanges avec la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM). "Par exemple, des collectivités demandent un certificat médical pour rembourser les trois euros de cantine d’un enfant malade, pointe la Dre Cariclet. C’est complètement inutile ! Il y a aussi tous les échanges avec les différentes caisses de la Sécurité sociale, lorsqu’il manque une information sur une consultation, par exemple. Personnellement, je préfère ne pas remplir ces papiers pour économiser du temps, même si cela revient à m’asseoir sur ma rémunération, vu que la Sécurité sociale ne me paie pas. Je ne préfère même pas calculer mon manque à gagner." "La médecine générale est maltraitée" En pleine négociation conventionnelle, les principaux syndicats n’ont pas appelé à la grève, mais ils assurent partager la "colère" exprimée par Médecins pour demain. "Nous faisons tous le même diagnostic. Je passe une heure chaque soir à régler l'administratif, alors que j'ai une secrétaire, et je travaille 60 heures par semaine, explique ainsi Jean-Christophe Nogrette, médecin généraliste et secrétaire général adjoint du syndicat MG France (majoritaire). La médecine générale est maltraitée depuis longtemps et de moins en moins de jeunes veulent en faire, ce qui était prévisible et fait rager. Mais réclamer le doublement des honoraires ne tient pas debout." Le syndicat estime en effet que la revalorisation des tarifs à la consultation devrait surtout se concentrer sur les médecins traitants, qui représentent 50 000 des 80 000 médecins généralistes. Car, selon la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), alors que de plus en plus de jeunes médecins renoncent à se mettre à leur compte faute de visibilité, les médecins en poste ont vu leur patientèle augmenter de 20 % depuis 2016. "Il s’agit d’un sacerdoce, et c’est la forme de médecine générale la plus difficile et la moins bien payée, pointe Jean-Christophe Nogrette. Il faut donc une revalorisation massive de la médecine traitante, mais pas nécessairement de toutes les pratiques. Concrètement, 50 euros pour une consultation diagnostiquant une angine, c’est trop, elle est déjà rentable à 25 euros. Par contre, 50 euros pour le suivi régulier d’un patient cancéreux, diabétique et cardiaque par exemple, ce n’est pas assez." Vers une hiérarchisation du prix de la consultation ? La CSMF se prononce elle aussi pour une hiérarchisation du prix de la consultation en fonction de sa complexité. Elle appelle néanmoins à limiter la grève au samedi matin, afin de ne pas déstabiliser un système de santé déjà mis à rude épreuve par les épidémies hivernales. "On a appelé à la responsabilité, mais nous attendons du gouvernement qu’il nous entende lors des négociations conventionnelles, qui reprendront la semaine prochaine jusqu'à la fin février, souligne Franck Devulder, gastro-entérologue et président de la CSMF. 50 euros la consultation, cela nous semble peu envisageable, mais il est vrai que 25 euros, c’est devenu inadapté, et nous partageons le ras-le-bol général. Dans mon cabinet, la plupart de mes jeunes confrères gagnent moins que leur conjoint. Ce sont eux qui deviennent la variable d’ajustement du ménage, c'est inédit. Si les négociations n’aboutissent pas, on réagira fermement." En attendant, Médecins pour demain appelle à une manifestation jeudi 5 janvier, à l’issue de laquelle le collectif devrait être reçu par le ministre de la Santé. "Le bras de fer va se poursuivre, c’est sûr, mais sans doute pas sous cette forme, avance la porte-parole du collectif. Cette grève n’aurait déjà pas dû avoir lieu, notre but n’est pas d'affecter nos patients. Nous allons donc réfléchir à des actions qui mettront davantage la pression sur les institutions pour que les choses changent et qu’on arrête de nous ignorer comme c’est le cas depuis des années. Nous espérons que les pouvoirs publics vont enfin nous écouter, et nous attendons beaucoup des négociations conventionnelles. Car cela n’a pas de sens pour un médecin de faire grève." L’Assurance maladie a enregistré une baisse d’activité de 10 % des médecins libéraux la semaine dernière, tandis que le comité, lui, affirme que 70 % des généralistes ont fermé leur cabinet. Les biologistes libéraux se sont eux aussi mis en grève. Depuis lundi, ils sont appelés à ne pas faire remonter les résultats des tests Covid-19 permettant de suivre l'évolution de l'épidémie, afin de contester le montant des économies qui leur sont demandées après une forte augmentation de leurs profits durant la crise sanitaire.

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