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Arts et People

TEMOIGNAGE. "Pour sauver ma sœur malade, j'ai dû braquer ma propre banque"

1/3 - Sali Hafez "Je m'appelle Sali Hafez, je suis venue aujourd'hui pour récupérer mon argent pour ma sœur qui a cancer et est en train de mourir"... Par ces mots, la jeune architecte  de 28 ans est devenu une icône dans son pays. Prête à tout pour aider sa sœur à financer son traitement contre le cancer, Sali Hafez, Libanaise de 28 ans, vient de braquer son agence bancaire pour pouvoir y retirer... ses propres économies. "Je m'appelle Sali Hafez, je suis venue aujourd'hui non pas pour tuer quelqu'un ou pour provoquer un incendie, mais pour réclamer mes droits et récupérer mon argent pour ma sœur qui a cancer et est en train de mourir à l'hôpital", déclare une jeune femme tout de noir vêtue, chaussures mises à part. Ce 14 septembre 2022, elle se tient debout sur un bureau d'une agence de la Blom Bank, à Beyrouth, pistolet (factice) à la main. Sali se serait également aspergée d'essence, menaçant de s'immoler si l'établissement dans lequel elle et sa sœur avaient déposé 20 000 $ (environ 20 000 €) refusait de lui restituer l'argent familial. Moins d'une heure plus tard, elle repart avec un butin de 13 000 $. La jeune Libanaise ne se cache pas : mieux, elle filme son braquage et le rediffuse en direct sur sa page Facebook. Et ce jour-là, elle est loin d'être venue seule. Une dizaine de personnes l'accompagnent, dont une de ses sœurs, des membres de l'association Le Cri des déposants, ainsi que son avocat Rami Ollaik, fondateur de l'alliance Mouttahidoun, qui défend les déposants libanais. "Pour pouvoir payer ses soins, j'ai pensé à vendre un de mes reins" "C'était le pistolet de mon neveu de 5 ans", explique-t-elle un peu plus tard, non pas devant la police, mais au micro de la chaîne de télévision al-Jadeed. La veille de son action, Sali avait posté sur les réseaux sociaux une photo de sa sœur accompagnée de sa nièce à l'hôpital, et écrivait qu'elle ferait "tout pour qu'elle puisse être soignée [...] même si cela [devait lui] coûter la vie". Or, depuis la crise financière de l'été 2019, des restrictions drastiques encadrent les montants d'argent que les Libanais peuvent retirer. La banque n'aurait ainsi limité à "200 dollars par mois" les montants des retraits. Une pacotille face aux frais médicaux de sa sœur... qui sélèvent à 50 000 dollars. "200 $ ? Pas même de quoi payer sa piqûre quotidienne." Or sa famille a alors déjà vendu tous ses meubles. Désespérée, la jeune architecte a un temps envisagé le trafic d'organes. "Pour pouvoir payer ses soins, [...] j'ai pensé à vendre un de mes reins". Au Liban, huit personnes sur dix vivent désormais sous le seuil de pauvreté Loin de subir le rejet de ses pairs, Sali est en train de devenir une icône dans son pays. Quelques heures avant son braquage, la jeune femme participait, devant l'entrée du Parlement, à une manifestation contre le projet de loi du budget 2022. Le 9 septembre, elle avait aussi été arrêtée pour s'être introduite dans le Palais de justice avec d'autres manifestants et des familles de victimes des explosions du 4 août 2020, lorsque des centaines de tonnes de nitrate d'ammonium stockées sans précaution dans un entrepôt du port de Beyrouth avaient explosé, faisant plus de 200 morts et 6 500 blessés. Deux ans après le drame, l'enquête est au point mort. Et, dans le pays, huit personnes sur dix vivent sous le seuil de pauvreté depuis la crise économique, tandis que la livre libanaise a perdu plus de 90 % de sa valeur. Dans ce contexte de désespoir, le hold-up de Sali Hafez n'est pas un cas isolé. Dans le pays qui était hier encore surnommé la "Suisse du Moyen-Orient", les braquages se multiplient. Inévitablement.

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