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Congrès EELV : Marine Tondelier, la favorite qui rêvait d'un avenir en Vert

PORTRAIT Marine Tondelier, élue d'opposition à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), est en très bonne voie pour devenir le nouveau visage d'Europe Écologie-Les Verts. Elle a recueilli 46,97 % des voix lors d'une première phase de vote samedi. À 36 ans, elle a espoir de refonder le parti en renouant avec l'écologie populaire. Sourire espiègle, cheveux mi-longs encadrant un visage au regard déterminé, le nouvel espoir des Verts s’appelle Marine Tondelier. La grande favorite du scrutin a recueilli 46,97 % des voix des adhérents d'Europe Écologie-les Verts (EELV), samedi 26 novembre, à l'issue d'une première phase de vote visant à désigner la prochaine secrétaire nationale du parti, un poste vacant depuis la démission de Julien Bayou fin septembre. "Jamais un congrès écologiste n'avait donné une orientation aussi claire au vu de l'écart qui sépare La Suite des autres listes. C'est un score historique pour notre mouvement", a salué dans un communiqué, l’heureuse candidate, arrivée en tête devant ses cinq adversaires, promettant "un mouvement bienveillant".  Partie en campagne il y a plus d'un an, Marine Tondelier défend une “écologie populaire”, après une présidentielle qui a divisé le parti autour du clivage entre Sandrine Rousseau et Yannick Jadot.  Un parcours militant entamé en 2009   Née en 1986 à Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, d’une mère dentiste et d’un père médecin, Marine Tondelier, issue d’une famille aisée, est très jeune marquée par les injustices. En classe de CP déjà, elle confie avoir “pris conscience des inégalités sociales” lors des distributions de notes du meilleur élève au plus mauvais. “Je me suis fait la réflexion que c’était humiliant pour le dernier, qui avait sûrement des soucis dans sa vie qui expliquaient cela et qu’il serait sûrement dernier toute sa vie”, a-t-elle confiédans les Grands Entretiens de Reporterre. Cette “violence des inégalités” forge sa conscience de gauche.   Après une prépa littéraire, Marine Tondelier entre à l'Institut d'études politiques de Lille. Elle concentre son mémoire et ses stages sur des problématiques sanitaires et sociales, jusqu’à une spécialisation en santé environnementale. C’est pendant ses études, à l’âge de 22 ans, que Marine Tondelier débute en politique. Elle adhère à Europe Écologie-les Verts en 2009, peu avant les élections municipales partielles à Hénin-Beaumont déclenchées par la révocation du maire divers gauche Gérard Dalongeville, poursuivi pour détournement de fonds publics. Elle est présente sur la liste d’EELV, conduite par Régine Calzia, qui réalise moins de 9 % des voix au premier tour.   Diplôme en poche, Marine Tondelier devient collaboratrice parlementaire de la sénatrice écologiste Aline Archimbaud de 2011 à 2015. Elle est en charge des questions de politiques sanitaires et sociales. Puis elle travaille deux ans aux côtés de Cécile Duflot, députée et ancienne ministre du Logement, avec qui elle entretient de bonnes relations. En juin 2012, la jeune femme est candidate EELV dans la célèbre 11e circonscription du Pas-de-Calais (Hénin-Beaumont), de Marine Le Pen. La même circonscription où Jean-Luc Mélenchon décide d’aller se présenter dès le lendemain du second tour de l’élection présidentielle. Marine Tondelier se fait alors éclipser par les deux camps, qui se livrent une bataille acharnée sur ses terres. Sans surprise, elle enregistre une défaite cuisante (1,63 %) et les enchaîne lors des scrutins suivants. La plus sévère a lieu en 2014, lorsque le FN emporte dès le premier tour l’élection municipale d’Hénin-Beaumont. Cette même année, la jeune pousse est élue conseillère municipale.  Dialoguer avec "les quartiers populaires et la ruralité" Huit ans plus tard, devenue figure d'opposition du RN à Hénin-Beaumont et conseillère régionale des Hauts-de-France, la Nordiste de 36 ans vise la direction du parti lors du congrès d'EELV de 2022. Si elle est élue, elle souhaite rassembler “un million de sympathisants” dans le parti d’ici la fin du mandat, martèle sur le plateau de France 24 la militante, bien résolue à défendre sa candidature. Pas question de réunir un public écologiste acquis. Son objectif est d’œuvrer pour “une écologie populaire en renouant avec les quartiers populaires et la ruralité”. Pour elle, EELV doit être “en mesure de dialoguer avec toute ces personnes.”  Si elle est élue à la tête du parti, Marine Tondelier devra, selon elle, “affronter [les] faiblesses [du parti] de manière très lucide”. Une formation marquée par les luttes intestines, notamment entre Yannick Jadot et la députée Sandrine Rousseau, et fragilisée par "l'affaire" Julien Bayou. Une chose est sûre, l'élue d’Hénin-Beaumont est lassée des querelles au sein d’EELV qui privent le parti des débats de fond. “Je considère que quand les Verts font partie de la diversion [pour ne pas agir contre le risque climatique, NDLR], on fait partie du problème”, ajoute-t-elle. “Je le dis de manière très cash mais bienveillante, car c’est mon parti que j’aime d’amour. Mais il faut que ça change !”  Côté alliances, Marine Tondelier veut tendre la main à La France insoumise. “On a toujours travaillé ensemble”, répond celle qui a été tête de liste “Osons Hénin-Beaumont” en 2020, rassemblant des membres de différents partis de gauche (PS, PCF, LFI). “Aucune ville écologiste n’a été gagnée seule, donc bien sûr que l’on va continuer à travailler ensemble autour de l’écologie politique.”  L’avenir de l’humanité "en péril"  Car, elle n'en démord pas, la prise en compte des enjeux écologiques est au cœur de sa lutte. Marine Tondelier, comme une bonne partie de la jeunesse, n'échappe pas à l’éco-anxiété. “Le cerveau humain n’est pas conçu pour appréhender de manière frontale cet effondrement de l’humanité. Donc il existe plein de stratégies : la fabrique du doute ou le déni par exemple”, lâche l'élue bien décidée à lutte contre "ceux qui se persuadent que tout va bien, ceux qui disent que l’on va pouvoir continuer comme avant, ceux qui donnent des milliards d’euros de recettes publicitaires pour inciter à acheter des SUV. On met en péril l’avenir de l’humanité et l’habitabilité de la planète !”  L’habitabilité de la Terre a été l’un des nombreux enjeux discutés lors de la COP27, clôturée il y a quelques jours. Marine Tondelier salue, certes, l’accord sur la création d’une aide pour indemniser les pays vulnérables pour les pertes et dommages dus aux catastrophes induites par le climat. Mais ce n’est pas suffisant. “Quand les catastrophes vont se multiplier et quand les gens vont devoir quitter leurs terres, l’argent ne fera pas tout. On essaie toujours de se rassurer par des éléments financiers, mais cela ne suffira pas !"  Végétarienne depuis 2009, Marine Tondelier veut aussi interroger “nos modes de consommation”. En août, elle avait défendu Sandrine Rousseau, attaquée après son appel à "changer de mentalité pour que manger une entrecôte cuite sur un barbecue ne soit plus un symbole de virilité" pendant les journées d’été d’EELV, chapotées par Marine Tondelier depuis 2013.  La conseillère régionale des Hauts-de-France expliquait alors que la consommation de viande avait un impact non négligeable sur la planète, sa production entraînant déforestation, rejet de CO2 et tarissement des réserves d’eau. “Il y a bien un lien entre le patriarcat et la pression sur les ressources naturelles. Il y a des comportements virilistes qui ont plus d'impact sur la planète et qui sont aussi mauvais pour la vie en société", avait-elle affirmé.  Alors que l’urgence climatique n’a jamais été aussi palpable, Marine Tondelier aura du pain sur la planche si elle est élue à la tête d'EELV, qui a fait un piètre score à l’élection présidentielle (4,6 %). Comment redonner espoir aux militants ? Le parti “doit se refonder”, insiste l'élue écologiste, qui souhaite modifier les règles internes, souvent considérées comme complexes et peu propices à la conquête du pouvoir. Par ailleurs, "EELV a de nouvelles incarnations à présenter à ce pays, y compris des députées que l’on connaît mal car elles débutent dans le milieu, et il faut qu’on les mette en valeur.” Pour avoir les mains libres pour gouverner le parti, Marine Tondelier devra obtenir 60 % des sièges au conseil fédéral, l'obligeant ainsi à créer des alliances avec d'autres listes. Réponse le 10 décembre.

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